Berlin // Landes

 

(extrait de l'annexe du livre d'artistes "Lisières", rédigé avec Valentine Oncins)

 

DEMARCHE

Née en 1975, en banlieue berlinoise (RDA), j’ai migré avec mes parents à Berlin-Ouest en 1983, bien avant la chute du Mur, et ce, après quatre années d’attente d’autorisation de sortie définitive du territoire.
Ce fut l’expérience d’un « no-man’s land », d’un hors temps pour mes parents confrontés, parfois, à des difficultés sociales et professionnelles, dans une zone rurale périurbaine ; ce fut aussi l’épreuve de la guerre froide (observation de ma famille et sollicitations de la Stasi pour livrer des informations, période de surveillance et de méfiance, depuis notre déménagement jusqu’à la chute du Mur en 1989).


Voyageant entre ces deux territoires idéologiques, sociologiques et culturels, différents, je venais toujours « de l’autre côté » (drüben) ; déracinée, je vivais dans un état de flottement entre ces deux mondes.
Ce contraste et ce sentiment d’étrangère me poussent encore aujourd’hui à m’intéresser aux multiples facettes de réalités différentes et aux contextes parallèles.

 

SEGMENTS

Vivant en France, au Pays Basque, depuis 2004, je retrouve une situation similaire, entre deux langues et deux mondes. En 2012, cet étrange sentiment de distorsion de réalités est réapparu en traversant la forêt des Landes de Gascogne, proche de mon lieu de vie.

Vaste région, désertique et plate, transformée en une immensité horizontale, ces Landes, sur un million d’hectares, offrent un contraste majeur entre une force de présence illimitée et une grande fragilité. Les traversant régulièrement, j’ai entrepris de m’immerger dans cette « nature » et dans ce paysage artificiel. Sans cesse soumise aux modifications du sol et aux catastrophes naturelles, cette forêt pose la question des bouleversements dus à des
paramètres extérieurs, et celle de leurs conséquences sur une identité.

Ainsi, lorsque cette forêt fut dévastée en 2009 par la tempête « Klaus », elle me rappela des images de guerre et de camps de concentration, si souvent montrées durant ma scolarité, marquée par les traces d’un programme de rééducation en Allemagne. Les amas de souches, extraites du sol de cette forêt, empilées et blanchies par le soleil, m’ont évoqué inévitablement les photographies de charniers.

Réminiscence de l’histoire mais aussi réminiscence d’un paysage connu, celui de la région autour de Berlin (Land de Brandebourg), couramment appelée la « boîte à sable ».

 

MISE EN OEUVRE

Ces expériences sont le fil rouge du projet présenté ici : le pouvoir des images, les manipulations et la propagande. Je m’intéresse aux événements marquant les mémoires et les identités, mais aussi aux fonctionnements complexes mis en oeuvre dans les processus de manipulation de l’image, et ceux par l’image.
Mon investigation intègre la collecte d’images provenant de publications dans la presse, archives, littérature, relatives à l’histoire des 19e et 20e siècles, en France et en Allemagne.